La voix des femmes afghanes, la force de la résistance

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Sous le parrainage de la sénatrice MR Viviane Teitelbaum, le Sénat de Belgique a accueilli ce 17 mars un colloque consacré au rôle des femmes au sein de l’opposition démocratique afghane, plaçant la notion d’« apartheid de genre » au centre des débats.

Depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021, « la vie en Afghanistan est devenue insupportable, en particulier pour les femmes », bannies de la vie publique au nom d’un système que de plus en plus d’acteurs qualifient désormais d’apartheid fondé sur le genre. Dans ce contexte, Viviane Teitelbaum a rappelé que « nous ne parlons plus de discrimination, mais d’apartheid sexuel (…) qui donc est un crime contre l’humanité », martelant qu’« il n’y a pas de démocratie sans femmes » et « pas d’avenir politique légitime fondé sur leur exclusion ».

Le colloque, organisé avec l’Afghanistan Women’s Diplomatic Network fondé par Nigara Mirdad, la European Foundation for Democracy et l’organisation Independent Diplomat, a réuni dirigeantes afghanes, figures de l’opposition démocratique, parlementaires belges et partenaires européens afin de mettre en lumière la résistance des femmes afghanes, d’explorer les voies vers un gouvernement inclusif et de renforcer le soutien de l’Union européenne aux forces démocratiques afghanes.

Dans son mot de bienvenue, la vice‑présidente du Sénat Valérie De Bue a dénoncé un ordre social qui « porte atteinte aux droits fondamentaux » des Afghanes avec une brutalité telle qu’« il paraît difficile d’en ressentir à distance toute la cruauté », tout en soulignant que « donner la parole à ces femmes (…) nous paraît dès lors un devoir moral ». Elle a rappelé que le Sénat a déjà demandé au gouvernement fédéral d’activer tous les leviers diplomatiques appropriés pour soutenir leurs droits et a invité les participants à prendre connaissance de la résolution relative à l’apartheid fondé sur le sexe ou le genre votée le 28 mars 2025.

Viviane Teitelbaum a développé la notion de gender apartheid en montrant comment les talibans ont construit une véritable « architecture juridique de domination » : une nouvelle réglementation pénale qui « transforme des pratiques arbitraires en normes juridiques », minimise les violences domestiques, criminalise l’autonomie des femmes, fait du fait de quitter son domicile sans permission un crime et expose à l’emprisonnement celles qui cherchent refuge, y compris dans leur propre famille. Derrière chaque article de loi, a‑t‑elle insisté, se cache « une fillette qui ne retournera jamais à l’école, une femme qui ne peut quitter sa maison sans peur, une mère qui doit apprendre à sa fille à baisser les yeux, non par modestie, mais pour survivre ».

Les Afghanes ne sont pas des victimes passives mais « des actrices de résistance, des leaders, des voix qui portent l’avenir de leur pays — souvent au péril de leur vie ». Elles ont salué le courage des intervenantes afghanes – qu’il s’agisse de militantes pour une éducation de qualité, de responsables de coalitions pour la justice ou de représentantes de la résistance nationale – qui, en Afghanistan comme dans la diaspora, « continuent de s’organiser, de plaider, de documenter les abus et de maintenir l’Afghanistan à l’agenda international ».

La lutte des femmes afghanes est à la fois un combat pour leur pays et un test pour la crédibilité du droit international. « Nous n’accepterons pas que les femmes afghanes soient le prix à payer pour des calculs géopolitiques. Pas en notre nom. Pas au détriment des femmes. Pas au détriment de la dignité », a résumé Viviane Teitelbaum, appelant l’Europe à garantir que les Afghanes soient présentes partout où se décident les politiques qui les concernent, car « quand l’inégalité devient loi, le silence devient complicité ».