Gaëtan Van Goidsenhoven : « Tant que le Sénat existe, il doit être utile aux citoyens »
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De son engagement libéral à sa vision de l’avenir de Bruxelles, en passant par les missions du Sénat, la Francophonie et sa passion pour la protection animale, Gaëtan Van Goidsenhoven se confie sur ce qui guide son action politique, mais aussi sur l’homme derrière le mandat.
- Vous êtes engagé en politique depuis de nombreuses années. D’où vient cet intérêt et qu’est-ce qui vous anime encore aujourd’hui ?
Mon intérêt pour la politique remonte à l’enfance. Je me souviens des journaux télévisés que je regardais avec mes parents. Très tôt, j’ai été sensible aux débats de société et à la manière dont les décisions politiques pouvaient influencer notre quotidien.
C’est durant mes études universitaires que cet intérêt s’est transformé en véritable engagement, notamment grâce à ma rencontre avec Hervé Hasquin puis Jacques Simonet et Louis Michel. J’ai découvert le Parti réformateur libéral (PRL), auquel j’ai choisi de consacrer une partie importante de ma vie.
Ce qui me motive aujourd’hui, ce sont d’abord les convictions qui m’ont poussé à m’engager. Dans une société où les populismes, de gauche comme de droite, gagnent du terrain, il est essentiel de continuer à défendre nos valeurs libérales, la responsabilité individuelle et une certaine exigence dans l’action publique.
La politique doit rester un engagement au service des autres, et non une fin en soi.
- Vous présidez le groupe MR au Sénat. Alors que l’avenir de cette institution fait régulièrement débat, quel rôle doit-elle encore jouer ?
Il faut distinguer deux choses : le débat sur l’avenir institutionnel du Sénat et le travail que nous avons à accomplir aujourd’hui.
Tant que le Sénat existe, il doit exercer pleinement les missions que lui confie la Constitution. Il conserve des responsabilités importantes, notamment au niveau de la Constitution et des lois spéciale, de certaines désignations, de représentation internationale et de réflexion sur des enjeux qui réunissent Régions, Communautés et Etat fédéral.
Je considère qu’il serait irresponsable de suspendre notre travail au prétexte que l’institution pourrait être supprimée demain.
Notre responsabilité, comme sénateurs, est d’assurer nos responsabilités fixées par la Constitution, de nous saisir des dossiers de fond, de mener des auditions et de formuler des recommandations utiles. C’est ce que nous faisons au sein du groupe MR.
- Parmi les dossiers sur lesquels vous travaillez au Sénat, lesquels vous tiennent particulièrement à cœur ?
Je pense notamment au travail que nous menons à l’occasion des dix ans des attentats du 22 mars 2016. 10 ans après ces événements qui ont profondément marqué notre pays, il est indispensable de poursuivre le travail de mémoire, mais aussi d’examiner les enseignements que nous devons en tirer.
Un rapport d’information est en cours et nous travaillons également sur une proposition de résolution. L’objectif est de regarder ce qui a changé, ce qui reste à améliorer et comment mieux préparer notre société face à de telles menaces.
D’autres enjeux méritent également notre attention, notamment les nouvelles technologies et leurs conséquences sur nos démocraties. Je pense aux deepfakes, qui posent des questions fondamentales en matière de manipulation de l’information et de confiance dans les institutions.
Le rôle du Parlement est aussi d’anticiper ces transformations, plutôt que de simplement réagir lorsqu’elles deviennent problématiques.
- Vous connaissez particulièrement bien Bruxelles, notamment pour avoir été bourgmestre d’Anderlecht. Quel regard portez-vous sur les défis auxquels la Région est confrontée ?
Bruxelles dispose d’atouts extraordinaires, mais nous devons regarder sa situation avec lucidité. Les difficultés financières, les problèmes de sécurité, les enjeux de mobilité ou encore l’accès aux soins constituent autant de défis majeurs.
Nous avons hérité d’une situation budgétaire particulièrement difficile. Cela nous oblige à revoir notre manière de fonctionner. Il faut désormais faire mieux avec moins, lutter contre les gaspillages et concentrer les moyens publics sur les véritables priorités.
Mais redresser les finances ne signifie pas renoncer à investir. Bruxelles a besoin de transports en commun efficaces, de davantage de sécurité, d’un meilleur accès aux soins et de politiques capables de répondre aux problèmes d’addiction et de précarité.
Sur la mobilité, je défends une approche pragmatique : ce qui doit nous guider, c’est l’efficacité des déplacements, pas l’idéologie.
Il est également indispensable de retrouver une véritable ambition économique. Bruxelles ne peut pas miser exclusivement sur les activités tertiaires. La reconversion de sites comme celui d’Audi à Forest doit contribuer à maintenir des activités économiques diversifiées et à créer de l’emploi.
Je reste convaincu que Bruxelles a les ressources pour rebondir. Mais il faut des choix courageux, une gestion responsable et une vision à long terme. Notre objectif doit être de construire une Bruxelles résiliente, capable de surmonter ses difficultés et de restaurer son attractivité autant que sa qualité de vie.
- Vous êtes également très attaché à la Francophonie. À l’approche du Sommet de novembre au Cambodge, quels enjeux vous paraissent prioritaires ?
La Francophonie n’est pas seulement une communauté réunie autour d’une langue. C’est un espace de dialogue, de coopération et de solidarité entre des pays qui ont des histoires, des cultures et des réalités économiques très différentes.
Elle offre notamment la possibilité d’un dialogue entre le Nord et le Sud sur un pied d’égalité. C’est une richesse considérable dans un monde marqué par les tensions internationales et les replis identitaires.
Les défis sont nombreux : la paix, le développement économique, la place des femmes, le dialogue entre les cultures et, bien évidemment, la promotion de la langue française.
Il faut aussi que la Francophonie prenne toute sa place dans les grands débats contemporains, notamment celui de l’intelligence artificielle. Les transformations technologiques auront des conséquences profondes sur nos sociétés, nos économies et nos langues.
Le prochain Sommet de la Francophonie, organisé les 15 et 16 novembre à Phnom Penh, devra être l’occasion de renforcer cette ambition et de rappeler que notre espace francophone a un rôle politique, culturel et économique à jouer sur la scène internationale.
- En dehors de la politique, vous êtes également très engagé dans la protection animale. Quelle place cet engagement occupe-t-il dans votre vie ?
La protection animale est une cause à laquelle je suis profondément attaché. Je préside la Société royale protectrice des animaux Veeweyde, un engagement associatif que je tiens à distinguer de mes responsabilités politiques.
J’ai récemment partagé une vidéo consacrée à l’arrivée d’une nouvelle pensionnaire à quatre pattes. Derrière ce moment sympathique, il y avait aussi un message : encourager l’adoption plutôt que l’achat d’animaux.
Lorsque j’ai du temps libre, j’essaie avant tout de le consacrer à ma famille, à mon épouse et à mon fils. J’aime également voyager, lire, particulièrement des ouvrages d’histoire et de littérature, et profiter de la nature à travers de longues promenades.
Ces moments sont essentiels. Ils permettent de prendre du recul et de garder un équilibre par rapport au rythme parfois très intense de la vie politique.
- Enfin, quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite s’engager en politique, mais qui hésite à franchir le pas ?
Je lui dirais tout simplement de suivre son envie et d’oser.
Il ne faut pas nécessairement envisager un engagement politique comme un parcours de carrière, avec un plan établi pour les 10 ou 20 prochaines années.
On peut découvrir la politique comme on découvre un art ou une discipline sportive : par curiosité, par passion, avec l’envie d’apprendre et de progresser.
L’essentiel est d’avoir des convictions, de penser que l’on peut apporter quelque chose et d’accepter de se confronter aux idées des autres.
Si vous avez envie de vous engager et que vous pensez avoir quelque chose à apporter à la société, alors lancez-vous. C’est souvent en osant faire le premier pas que tout commence.


