Notre résolution sur le Covid long est adoptée ! 1 personne sur 25 est concernée en Belgique
La résolution portée par le groupe MR au Sénat pour améliorer la prise en charge du Covid long a été adoptée en séance plénière ce mardi 13 octobre.
« Le Covid long est une maladie dont les conséquences touchent la santé, mais aussi l’école, l’emploi et la solidarité. Avec ses 53 recommandations, le texte adopté aujourd’hui donne aux gouvernements une feuille de route pour mieux accompagner les patients », souligne Anne-Charlotte d’Ursel, sénatrice à l’initiative de la résolution.
En Belgique, 4,2 % des personnes de 15 ans et plus déclarent souffrir du Covid long, selon l’enquête de santé 2023-2024 de Sciensano. Soit environ une personne sur 25. Derrière ce chiffre, des situations très concrètes : un élève qui ne parvient plus à suivre une journée de cours, un travailleur dont la concentration s’effondre, un parent dont la maladie entrave le quotidien avec ses enfants.
« Pour beaucoup, le Covid appartient au passé. Pour les patients atteints de Covid long, ses conséquences rythment encore chaque journée. Ils doivent être entendus, orientés et soignés. Après plusieurs mois de travaux et d’auditions de médecins, de chercheurs et d’associations de patients, ses 53 recommandations doivent être entendues », déclare-t-elle.
Plus de 200 symptômes ont été recensés : fatigue persistante, essoufflement, douleurs, troubles du sommeil, difficultés de mémoire et de concentration,… Autant de signes différents qui rendent la maladie difficilement détectable entrainant une véritable errance médicale dans le chef des patients déjà fortement affaiblis, souvent stigmatisés et très seuls.
Le Covid long peut réduire l’autonomie, fragiliser les revenus et bouleverser l’organisation familiale. Au travail, il peut entraîner des absences, une réduction des horaires ou une interruption de l’activité professionnelle. Dans son rapport de 2026, l’OCDE relève que les études disponibles suggèrent une perturbation de l’emploi chez environ 1 travailleur atteint sur 5.
La résolution préconise des adaptations progressives des tâches et des horaires, ainsi qu’une meilleure concertation entre le patient, son médecin traitant, le médecin du travail et la mutualité.
« Derrière un arrêt de travail, il y a parfois une personne qui souhaite reprendre mais dont les capacités fluctuent d’un jour à l’autre. Un retour durable suppose un accompagnement individualisé. Les auditions ont montré la nécessité de prendre en compte l’ensemble des conséquences de la maladie, y compris sur les proches », explique la sénatrice.
La proposition de résolution dresse un état des lieux de la maladie, et émet des recommandations précises pour la prise en charge des patients, sur les centres spécialisés en covid long, sur les publics cibles qui méritent une attention particulière (enfants, femmes, personnes en situation précaire et femmes enceintes), sur les parcours de soins, la recherche scientifique, la formation des acteurs de terrain, l’information et la sensibilisation de la population, ainsi que l’impact sur l’emploi et le retour au travail.
Parmi les principales recommandations figurent :
- Un parcours de soins coordonné par le médecin traitant, avec des réseaux ou centres de compétences multidisciplinaires et des soins de proximité.
- L’évaluation d’un meilleur remboursement de certains soins, notamment de revalidation multidisciplinaire et neurocognitive, pour les difficultés de mémoire et de concentration.
- La formation des professionnels de santé, particulièrement des généralistes, et une meilleure information sur les soins et les aides disponibles.
- Le développement de la recherche, des données de suivi et du dossier de santé partagé pour faciliter la coordination entre spécialistes.
Tous les experts entendus en commission sont d’accord pour dire que le covid long est un enjeu de santé publique majeur qui nécessite urgemment des politiques coordonnées à tous les niveaux de pouvoir.
« Ces recommandations ne doivent pas rester lettre morte. Nous veillerons à ce qu’elles soient traduites dans des propositions de décrets et de loi au sein des différents parlements et en collaboration avec les acteurs de terrain. C’est le meilleur signal que l’on puisse donner aux personnes atteintes du Covid long pour apporter une réelle plus-value à leur quotidien. C’est aussi une marque de respect envers tous les experts entendus en commission », conclut la Sénatrice d’Ursel à l’initiative du texte.
Cliquez ici pour télécharger le texte adopté en plénière
Retrouvez l’intervention complète d’Anne-Charlotte d’Ursel prononcée en séance plénière du 13 octobre :
Monsieur le Président,
Chers Collègues,
Cette proposition de résolution nous tient particulièrement à cœur. Elle vise à répondre aux attentes des ceux qui sont atteints de cette maladie et des nombreux acteurs du monde de la santé qui appellent avec insistance à une réponse politique structurée face à cet enjeu majeur de santé publique que représente le Covid long.
La qualité des auditions menées en commission mérite d’être soulignée. Une dizaine d’experts, de nombreux avis écrits de Belgique et de l’étranger traduisent un investissement de taille. Ces acteurs de terrain ont été pour nous, une source d’enseignements extrêmement riches. Ils nous ont permis de compléter le texte de base avec de nouvelles pistes de travail, des éclairages et témoignages de terrain, une expertise médicale et scientifique de très haut niveau. Qu’ils en soient chacun et chacune remercié.
Cette co-construction des politiques avec les citoyens spécialistes de la matière traitée, dans un climat d’écoute et de respect mutuel, est la façon la plus efficace d’avancer et d’obtenir des résultats.
Je pense notamment à Monsieur Tomaso Antonacci, le président de l’ASBL Long Covid Belgium. Lui-même atteint du Covid long, il est une figure de référence du mouvement associatif consacré à cette maladie. Il a, avec son association, contribué à renforcer les liens de solidarité entre les patients confrontés à des symptômes persistants, tout en participant activement à la réflexion scientifique sur le Covid long. Son engagement a également contribué à porter cette question dans le débat public et auprès des institutions. L’association a notamment mené une enquête sur les conséquences sociales et économiques du Covid long. Il a soutenu chaleureusement l’initiative ici présente au Sénat.
De même que La Docteure Marta Camici de la clinique du Covid long de Rome « qui reconnait l’importance clinique, sociale et sanitaire du covid long et la nécessité de renforcer les parcours de soins pour les patients concernés ».
La professeure Salmon, collaboratrice de la Haute Autorité de la santé à Paris, a qualifié de « très positif le fait que le Sénat se préoccupe de ce problème de société majeur qu’est le covid long et défende, par des propositions avancées et pertinentes, la cause de dizaines de milliers de patients qui souffrent de cette maladie encore insuffisamment diagnostiquée, acceptée et prise en charge ».
La direction générale SANTE s’est réjouie, elle aussi, que « ces résolutions reconnaissent le covid long comme un défi majeur de santé publique et soutient l’accent mis sur une approche scientifiquement fondée et centrée sur le patient ».
La Clinique Post Covid de la Louvière a également accueilli favorablement le texte parce qu’il présente une approche globale, multidisciplinaire et particulièrement attentive à la complexité clinique, fonctionnelle, sociale et humaine de cette pathologie encore en évolution.
Les défis liés à cet enjeu, traduit dans le texte adopté en commission, concernent donc tant la prise en charge des patients (enfants compris bien entendu), l’offre de soins, que le développement d’une base scientifique solide.
Ce vote d’aujourd’hui traduit un signal concret de reconnaissance du parcours et des difficultés rencontrées par les 4,2% de patients atteints du Covid long en Belgique. C’est la reconnaissance des conséquences sociales liées au Covid long. Soit une personne sur 25 en Belgique.
C’est un signal d’alarme notamment lancé par le Docteur Jamoulle, médecin généraliste depuis 1974, qui a évoqué des réalités cliniques inédites depuis l’apparition du Covid. Il nous a fait part de situations particulièrement complexes : des patients qui, selon ses mots, semblent perdre leur identité, leur énergie et leur motivation. Il dénonce un système de santé qui, trop souvent attribuerait leurs symptômes au burn out, et les laisserait sans prise en charge adaptée. Notre système de santé, dit il, n’a pas la résilience nécessaire pour reconnaitre une nouvelle maladie et venir en aide aux personnes atteintes par cette dernière.
C’est aussi un signal d’alerte à tous les niveaux de pouvoirs puisque, selon un récent rapport de l’OCDE, le coût direct et indirect du covid long pourrait atteindre environ 114 milliards d’euros par an au cours de la prochaine décennie.
A ce propos, de nombreux témoignages en commission ont insisté sur la nécessité de renforcer la concertation interministérielle entre les différentes entités institutionnelles du pays.
C’est aussi un signal d’alerte face à la complexité de cette maladie, qui peut s’exprimer par de nombreux mécanismes et plus de 200 symptômes, ce qui la rend souvent difficile à identifier.
Enfin c’est un signal d’alerte parce que tous les patients partagent une expérience commune, un point qui affecte profondément leur vie personnelle. Il a d’ailleurs été très bien décrit en commission par le docteur Jamoulle : c’est celui de la « PERTE ». Perte de compétence, perte d’énergie, perte de mémoire, perte de l’humour, perte de l’équilibre, perte du gout et de l’odorat, perte de la régulation automatique des systèmes de contrôles du corps, perte de sommeil, perte du travail, perte de la relation sociale, de la libido, de la relation avec le couple et les enfants, perte de leur moi profond et parfois aussi perte de confiance en la médecine.
En tant que responsables politiques, nous ne pouvons ignorer ces réalités. Ici au Sénat, nous avons mené un travail de fond conséquent, avec plus de 50 recommandations élaborées sur la base des constats de terrain exprimés lors des auditions et des avis écrits reçus de France, d’Italie et des Pays-Bas.
Cette proposition de résolution examine tous les aspects et conséquences de la maladie : elle dresse un état des lieux. Elle formule des recommandations précises concernant la prise en charge des patients, les centres spécialisés en covid long, les publics qui méritent une attention particulière (enfants, femmes, personnes en situation précaire et femmes enceintes), les parcours de soins, la recherche scientifique, la formation des acteurs de terrain, l’information et la sensibilisation de la population, ainsi que l’impact sur l’emploi et le retour au travail.
Toutes ces pistes de solution constituent une feuille de route concrète pour notre pays. Ce vote n’est qu’une étape du processus.
En effet, je formule le vœu que le travail parlementaire ne s’arrête pas ici, aujourd’hui, dans notre assemblée.
Il est essentiel qu’il se poursuive, avec les acteurs de terrain, avec les gouvernements, avec les parlementaires du fédéral, des communautés et des régions pour aller jusqu’au bout du processus et apporter une réelle plus-value à nos concitoyens, notamment par le dépôt et l’adoption de propositions ou projets de lois, d’ordonnances et de décrets.
Ce serait, je le crois, la plus belle reconnaissance que nous puissions adresser aux patients atteints du covid long. Cela nous permettrait de leur apporter une réponse durable et adaptée à leurs besoins.
Je remercie mes collègues de la Commission (COMGECOM) de l’intérêt qu’ils ont manifesté pour cette question de santé publique ainsi que les collaborateurs qui ont travaillé, avec nous, sur les 149 amendements déposés pour aboutir à un texte complet et cohérent.
Merci enfin aux services du Sénat pour le travail minutieux de coordination qu’implique un dossier de cette ampleur.
Merci chers Collègues pour votre attention.














