Alain Destexhe vient de passer quatre jours au Kurdistan irakien. Le Sénateur MR y a rencontré les autorités locales, politiques et religieuses, mais aussi visité des camps de réfugiés et rencontré des peshmergas sur la ligne de front. Retour sur ce périple et les constats qui seront relayés auprès du gouvernement belge et de l’Union européenne.
Quatre jours. C’est le temps qu’a duré la mission d’Alain Destexhe au Kurdistan irakien. Du 12 au 15 septembre, le Sénateur MR s’est en effet plongé dans les réalités de cette région du Moyen-Orient aux particularismes pas toujours correctement appréhendés voire parfois totalement méconnus en Belgique et en Europe.
Ce voyage, Alain Destexhe ne l’a pas effectué seul : il s’est trouvé en compagnie de deux confrères du Sénat, à savoir Sonja Claes (CD&V) et Pol Van Den Driessche (N-VA). Voici, ci-dessous, le communiqué de presse rédigé par ce trio de parlementaires belges qui, désormais de retour au Royaume, vont s’atteler à informer tant le gouvernement fédéral que l’Union européenne de ce qu’ils ont vu et appris sur place.
« Les trois sénateurs étaient invités par le Gouvernement régional kurde (KRG). Ils ont rencontré le Président Massoud Barzani, différents ministres et parlementaires ainsi que des leaders religieux. Ils ont aussi visité des camps de réfugiés et de déplacés et passé quelques heures avec les peshmergas sur la ligne de front, à quelques kilomètres à peine de Mossoul, en traversant des villages, dévastés, pris par Daech l’année dernière et reconquis par les peshmergas, appuyés par des airstrikes.
Sur une ligne de front de 1050 km, le Kurdistan irakien assure la protection d’environ 1,5 millions de déplacés irakiens et de plus de 300 000 réfugiés syriens qui vivent soit dans des camps, soit disséminés parmi les 5,3 millions de Kurdes. C’est toute la société kurde qui en est impactée aux niveaux budgétaire, économique, humanitaire et social.
Tous les interlocuteurs ont souligné qu’un tel nombre de personnes déplacées ne peut pas rester durablement au Kurdistan et que tout doit être entrepris pour que ces centaines de milliers de personnes puissent à nouveau vivre en paix chez eux, dans leurs villes et villages.
Le problème des réfugiés en Europe comme des déplacés au Kurdistan ne peut être résolu sans une solution militaire et politique aux conflits en Irak et en Syrie. Il est plus utile et plus économique d’aider les déplacés dans la Région de différentes manières de telle façon qu’un grand nombre de réfugiés ne prennent pas le chemin de l’Europe. Or, les demandes des Nations-Unies pour le Kurdistan irakien ne sont rencontrées qu’à hauteur de 40% des besoins financiers identifiés. Par ailleurs, ils ont personnellement constaté que des réfugiés syriens bénéficiant au Kurdistan d’une protection et d’une assistance, voire d’un travail se rendaient quand même en Europe.
Les peshmergas jouent et joueront un rôle très important pour défaire l’Etat islamique. L’efficacité des frappes aériennes nous a été confirmée par différentes sources mais ce n’est pas suffisant pour récupérer le territoire occupé par l’EI. Comme il est exclu de déployer des troupes européennes ou occidentales, il est très important que les peshmergas soient correctement entraînés et équipés, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Ils sont confrontés à des troupes souvent mieux armées qu’eux grâce au matériel pris à ou laissé par l’armée irakienne, souvent des armements américains sophistiqués. Les peshmergas doivent recevoir un équipement approprié afin de faire face aux attaques suicides de l’EI et de participer efficacement à de futures offensives.
Le Président Barzani et les ministres kurdes ont souligné les réticences et les retards de Bagdad dans la livraison des armes à destination du Kurdistan. Ils demandent donc que ces armes puissent leur être livrées directement sans passer par Bagdad.
Selon eux, 1 300 peshmergas sont morts au combat et plus de 7 000 ont été blessés. Ils souhaitent également que quelques blessés graves puissent être accueillis dans des hôpitaux spécialisés en Europe, comme le fait déjà l’Allemagne.
Tous les leaders kurdes nous ont dit que le fédéralisme irakien tel qu’approuvé en 2003 ne fonctionnait pas et était un échec total. Le gouvernement kurde ne reçoit pas du gouvernement central de Bagdad la part des revenus qui lui revient. Leur objectif est clairement d’évoluer vers une confédération irakienne ou l’indépendance.
Les Sénateurs Claes, Destexhe et Van den Driessche prendront contact à leur retour avec les ministres concernés du gouvernement fédéral belge afin de leur faire part de leurs constats sur le terrain, et des revendications des Kurdes, la Belgique ne bénéficiant pas sur place d’un consulat. Conjointement avec trois parlementaires européens qui étaient sur place, ils informeront également les autorités européennes de certaines revendications des Kurdes. Ils demandent que celles-ci soient examinées avec bienveillance en particulier en ce qui concerne l’aide humanitaire et le soutien aux peshmergas.
Ils demandent que l’Irak ratifie rapidement le Statut de Rome sur la Cour pénale internationale afin de juger les crimes contre l’humanité commis, entre autres, contre les chrétiens et les yézidis qui doivent faire l’objet d’une attention particulière. En effet, leur nombre a déjà beaucoup diminué en Irak et c’est leur survie en tant que communauté qui est en jeu. Sans retour dans leurs villages, c’est leur existence même et un patrimoine culturel unique, millénaire, qui sont menacés.
Enfin, ils appellent à multiplier les contacts entre la Belgique et le Kurdistan irakien. Malgré d’énormes difficultés, la Région du Kurdistan reste un modèle de cohabitation entre musulmans et un grand nombre de confessions chrétiennes, yézidis et d’autres minorités ainsi qu’un acteur-clé dans la solution au conflit irakien. »